Fables lyriques : initier les enfants à l'opéra par le conte
On imagine trop souvent que l'opéra est un art lointain, réservé à un public nanti et silencieux, incapable de captiver des enfants de moins de dix ans.

Les Productions Cont'opéra, jeune compagnie québécoise cofondée il y a trois ans par le pianiste Jean-François Mailloux, prennent le contre-pied exact de cette idée reçue: leur spectacle Fables lyriques pour petits et grands enfants, présenté les 1er et 2 août au pavillon Louis-Jacques-Casault de l'Université Laval, mise sur La Fontaine pour ouvrir une porte directe vers l'art lyrique.
Une dramaturgie pensée pour l'enfant, pas malgré lui
Cinq fables — Le corbeau et le renard, La cigale et la fourmi, La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, Le paon se plaignant à Junon, La chauve-souris et les deux belettes — forment la trame d'une création qui assume un vrai parti pris scénique: trois chanteuses lyriques incarnent tour à tour animaux et narrateurs, tandis que le personnage de Maxime, interprété par la soprano Catherine-Élisabeth Loiselle, joue le rôle de fil conducteur pour le jeune public. La mise en scène, signée Érika Gagnon, ne se contente pas d'enchaîner les numéros: les interprètes posent des questions aux enfants, vérifient la compréhension des mots et des expressions, et transforment la salle en espace de dialogue. On est loin du récital compassé où l'on demande aux petits de se taire pendant une heure.
Ce que la médiation change réellement
L'orchestration fait elle-même un travail pédagogique discret mais rigoureux: le piano, la flûte et la clarinette tissent des liens symboliques avec les animaux — la flûte accompagne la chauve-souris, la clarinette suit les belettes. Ce genre de détail n'a rien d'anecdotique: il donne une clé d'écoute concrète à un public qui ne sait pas encore nommer ce qu'il entend. Les marionnettes, évoquées par Mailloux lui-même avec un enthousiasme sincère, complètent ce dispositif en ajoutant du mouvement et un registre visuel qui soutient l'attention sans verser dans la facilité décorative. Azur Simard, étudiante à la maîtrise en musique, prête sa voix au corbeau dans la fable éponyme.
Ce qu'il faut retenir avant de programmer
Pour les directrices de crèche, les présidents d'association ou les coordinateurs petite enfance qui hésiteraient à programmer du lyrique: la démarche de Cont'opéra prouve qu'on peut faire entrer l'opéra dans un cadre éducatif sans trahir ni l'œuvre ni le jeune public. La médiation culturelle réussie ne consiste pas à simplifier le contenu — elle consiste à construire les appuis nécessaires pour que l'enfant y accède seul. C'est exactement ce que propose cette création, et c'est précisément ce qu'il faut aller vérifier sur scène avant de parler de « spectacle pour enfants ».